jeudi 30 octobre 2014

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Les spermatozoïdes des Français menacés par les perturbateurs endocriniens

7.12.2012 / Biodiversité, Santé et environnement / Source : Rédaction wiki2d - Carole Hoareau journalistewiki2d@gmail.com

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Une étude française, publiée mercredi dans la revue européenne Human Reproduction, révèle que la concentration en spermatozoïdes du sperme des Français a baissé d’un tiers entre 1989 et 2005. Pour comprendre les causes de cette baisse, wiki2d est allé interroger deux médecins provençaux, Jean-Marie Grillo, spécialiste de la fécondité, et Patrice Halimi, président de l’association santé environnement France.

49,9 millions par millimètre de sperme.  C’est le nombre de spermatozoïdes chez un homme de 35 ans, en 2005, selon une étude française parue hier. Un chiffre en net baisse depuis 1989, où il atteignait 73,6 millions/ml.  Si l’étude française va dans le sens de plusieurs études déjà parues sur le sujet, elle est remarquable par son ampleur. C’est la première enquête à l’échelle d’un pays, qui a permis de suivre plus de 26 600 hommes, accueillis pendant 17 ans dans des centres d’assistance médicale à la procréation, dont celui de Marseille.

S’il est difficile de déterminer avec certitudes les causes de cette baisse de concentration du sperme, les spécialistes incriminent notamment les perturbateurs endocriniens présents dans notre environnement. « Ce sont des composés chimiques utilisés dans l’agriculture ou l’industrie qu’on retrouve un peu partout, et qui sont susceptibles de nuire à la fonction de reproduction surtout chez le mâle, résume le professeur Jean-Marie Grillo, directeur du Centre d’étude et de conservation des oeufs et du sperme humain (CECOS) et chef du service de reproduction à l’hôpital de la Conception à Marseille. Ils interfèrent avec des hormones en simulant leur effet par exemple, et peuvent être à l’origine de pathologies testiculaires, dont le cancer des testicules ». Sous cette appellation se retrouvent donc toutes sortes de substances, comme les pesticides, les phtalates, les PCB – pour PolyChloroBiphényles -, le bisphénol, les paraben, etc.  »Il y’en a des milliers dans ce que vous mangez, buvez ou respirez« , constate le docteur Patrice Halimi.

Une pluie de « micropolluants »

« En fait, nous sommes soumis à une pluie de micropolluants en permanence et c’est cette exposition chronique à des doses très faibles qui a des conséquences à terme, poursuit le professeur Grillo. Et c’est leur multiplicité qui les rend difficile à éviter.   »Il ne faut pas raisonner par produit mais plutôt chercher à diminuer la pression chimique qui pèse sur chaque personne, préconise Patrice Halimi. Par exemple, s’il est nécessaire d’interdire le biosphénol A, ce n’est pas suffisant« . Le médecin invite d’ailleurs chacun à lire les étiquettes, pour détecter la présence de paraben dans les cosmétiques par exemple, à laver et peler les fruits et légumes pour limiter l’absorption de pesticides, ou encore limiter l’usage du plastique pour diminuer l’exposition au bisphénol A. Il faut « introduire un paramètre sanitaire dans ses choix de consommation. Même si on fait encore peser la responsabilité sur le consommateur plutôt que sur le législateur, c’est la seule façon de se protéger« , juge-t-il.

Néanmoins, si les spécialistes suspectent les facteurs environnementaux, et donc les perturbateurs endocriniens, ils ne sont pas les seuls responsables de la détérioration de la qualité du sperme des Français. « Ils peuvent s’ajouter aux facteurs génétiques, au stress, au tabagisme, à l’obésité, ou encore à la chaleur qui ont aussi une incidence sur la reproduction, précise le professeur Grillo. Je crois qu’il ne faut pas affoler les gens non plus: cette étude montre une baisse de la concentration en spermatozoïdes. Mais quand on parle de fertilité au sens large, il ne faut pas parler que du sperme. Pour moi, l’âge auquel les jeunes femmes font leur premier enfant, qui a passé la barre des 30 ans, influe peut-être plus sur la baisse de la fertilité globale d’un pays ».

Pour mieux établir le lien entre facteurs environnementaux et fertilité, les deux médecins regrettent cependant le manque d’outils de surveillance appropriés. « On pourrait par exemple mettre en place des registres locaux de fertilité, sur le modèle des registres des cancer« , suggère le docteur Patrice Halimi. Il serait ainsi plus facile d’obtenir des données sur l’occurrence spatiale et temporelle des problèmes de fertilité, et de connaitre plus facilement l’impact des polluants sur la santé des spermatozoïdes.



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